Derrière des symptômes digestifs chroniques — ballonnements, transit instable, douleurs abdominales postprandiales — se cachent deux réalités physiologiques distinctes que les approches génériques confondent trop souvent. Identifier laquelle est en jeu change radicalement l’angle de travail.
Le Syndrome de l’Intestin Irritable : un trouble fonctionnel du côlon
Le SII, anciennement désigné sous le terme de colopathie fonctionnelle, est un trouble qui implique le gros intestin. Il se caractérise par une hypersensibilité viscérale — le seuil de perception des contractions intestinales est abaissé — associée à des perturbations de la motricité colique et à une micro-inflammation de faible intensité de la muqueuse. C’est une condition dans laquelle l’axe intestin-cerveau joue un rôle central. Toute perturbation de cet axe — stress chronique, antécédent infectieux, dysbiose — peut entretenir ou amplifier les symptômes. Le diagnostic de SII est un diagnostic d’exclusion posé sur critères cliniques (Rome IV).
Le SII touche entre 10 et 15 % de la population mondiale adulte, avec une prédominance féminine. Jusqu’à 78 % des patients répondant aux critères du SII présenteraient également un SIBO (Pimentel et al., 2000 ; Ghoshal et al., 2017).
Le SIBO : une question de localisation, pas de sensibilité
Le SIBO (Small Intestinal Bacterial Overgrowth) est d’une nature différente. Il ne s’agit pas d’un trouble de la sensibilité, mais d’un déplacement et d’une prolifération de bactéries dans un territoire qui devrait en être quasiment dépourvu. Ces bactéries fermentent prématurément les glucides dans l’intestin grêle, produisant des gaz — H₂, CH₄ ou H₂S — avec des conséquences directes sur l’absorption des nutriments et l’intégrité de la muqueuse.
Le SIBO n’est pas une maladie en soi : c’est le reflet d’un ou plusieurs mécanismes de protection de l’intestin grêle qui ont défailli — motilité, acidité gastrique, valvule iléo-cæcale, immunité locale.
Tableau comparatif : SII vs SIBO
| Critère | SII | SIBO |
|---|---|---|
| Localisation | Côlon | Intestin grêle |
| Mécanisme central | Hypersensibilité viscérale, axe intestin-cerveau | Prolifération bactérienne, fermentation prématurée |
| Timing des symptômes | Variable, lié au stress | Dans les 90 min suivant le repas |
| Diagnostic | Clinique (exclusion) | Test respiratoire H₂/CH₄ |
Un tableau clinique qui se superpose souvent
SIBO et SII coexistent fréquemment, ce qui explique pourquoi tant de personnes diagnostiquées SII ne répondent pas aux approches standard : si la composante SIBO n’est pas identifiée, le travail sur le côlon seul restera partiel. Les deux conditions partagent des facteurs favorisants communs — stress chronique, antécédents infectieux, prise prolongée d’IPP, perturbations hormonales.
Pourquoi une approche globale est nécessaire
Certaines approches diététiques courantes peuvent aggraver un SIBO non identifié. Certains substrats fermentescibles, bénéfiques pour le microbiote colique, constituent précisément le carburant de la prolifération dans l’intestin grêle. L’identification préalable du tableau prédominant conditionne la logique d’ensemble du suivi.
Note de l’auteure : Cet article est rédigé à titre informatif et éducatif. Il ne se substitue pas à un avis médical ni à une consultation spécialisée.